L’aire de rien

Accueil > Découverte du monde > L’aire de Berlin > P.I.M.P. - Voyage

P.I.M.P. - Voyage

samedi 12 mai 2007, par Christophe Noisette, Martha

Fête de quartier de la culture souterraine. Grande journée portes ouvertes des espaces ouverts dans le Berlin alternatif, en cours d’agonie immobilière.

Plus de quinze lieux s’ouvrent à tous, le temps d’un film, d’un atelier ou d’un coup à boire. Histoire de montrer tout ce qu’on peut faire avec des bouts de récupération, des bras, des rêves et un esprit collectif.

Premier lieu : la Fleischerei (La boucherie). Dans l’atelier Fleischerei, des graphistes graphent des tee-shirts pour emballer la viande, à savoir nous. Les œuvres sont exposées dans un réfrigérateur de boucher et les habits pendus aux crochets. Les artisans-graphistes sont adeptes de Francis Bacon. Derrière la boutique, plusieurs pièces se succèdent : petite pièce d’exposition aux murs tatoués, ateliers où s’entassent les modèles graphiques, le matériel et les folies visuelles, comme cette machoires de piano pendant au-dessus de nos têtes. En bas encore un studio de musique accueille des projets musicaux. La Fleischerei n’est pas un squatt. Le propriétaire a changé, la façade est en rénovation, les réalisations des artistes suffisent tout juste à payer chacun des projets. Ici, les graphistes des murs de Berlin s’y croisent et y exposent leur univers, où flottent les cadis, les symboles politiques et les sigles publicitaire, comme autant de rêves échoués dans La Réalité.

Second lieu : le local de la Freie Arbeiterinnen- und Arbeiter-Union(FAU) qui diffuse un téléfilm d’Arte sur la grève d’ouvriers d’une usine de chimie Française. Dans le local propre, on diffuse du Punk en français, on peut lire des parutions des fédérations anarchistes françaises, on y apprend que les militants FAU berlinois ont dénoncé les méfaits de Balkany à Levallois Perret, ville jumelée avec le quartier Schöneberg de Berlin...La bibliothèque est fournie, le réfrégirateur de bières accueillant.

Troisième lieu : Schwarzer Kanal (Canal Noir), village de wagons, de jeunes femmes. Là-bas on y diffuse une pièce audio et on y tient un petit bar dans une paillote. Les roulottes sont rassemblées dans un terrain vague encastré entre l’usine rutilante Vattenfall (note : le leader de l’énergie allemande), l’usine de briques rouges à l’abandon, la maison de retraite et des bureaux vides. Les filles et les femmes qui habitent ici, sont queer, elles ne se reconnaissent pas de genre, même si ce sont des femmes. Elles sont toutes vêtues de noir, portent des cheveux courts et des piercings, et parlent avec une douce voix d’ange. Ce sont de fragiles brebis noires qui vivent ici sur le sol pollué des usines désaffectées. Elles cuisinent les unes pour les autres, organisent un festival de films Queer.Une religion secrète les unit, elles sont de celles qui écoutent. La pluie a battue nos manteaux. Des marres d’eau reflètent le ciel. Un feu détrempé est relancé, nous nous y réchauffons, perdus dans un terrain vague, au milieu de la grande ville, cœur du grand pays de la vaste Europe, minuscule dans les grands océans de l’immense terre perdue dans l’infini mouchoir de poussière qu’est l’univers. Les anges noires se parlent doucement, un jeune dandis à chapeau-veste observe les trous dans la cheminée de brique, une américaine raconte sa généalogie Pacifique... Nous ne tenons qu’à un feu, mais nous y tenons, il avive notre chaleur humaine.

Quatrième lieu : Kastanien Allee 77, cinéma alternatif. Un gateau collectif y est proposé, et chacun peut avoir sa part. Le film projeté raconte la répression policière dans les Favelas de Rio de Janeiro. Trois allemandes racontent des brésiliens victimes du harcèlement policier. Trois allemandes racontent les mères qui souffrent le martyre d’avoir vu leur fils, souvent noir et pauvre, tué par des policiers, gardiens de la sécurité publique. Trois allemandes racontent les peurs collectives de quartiers entiers relégués derrières les murs de la grande Rio. Pour la police c’est invariablement la lutte contre de dangereux dealers de drogue qui mène à la mort ces jeunes hommes. Pourtant, à voir les mères chez elles, quelques mètres carrés tout occupés de lit et de photos du fils, on sent bien que ce n’est pas là la maison d’un caïd de la drogue. Un homme qui brasse les millions de la drogue ne peut pas avoir 17 ans et une petite amie de 14 ans enceinte. Il y a de la violence dans les favelas, les armes à feux y font des ravages. Mais il y a la seconde violence encore plus douloureuse pour les habitants des quartiers, celle introduite par des robocops sensés les protégers. Certains protagonistes du film appellent à fermer les favelas : « Que la ségrégation ne soit pas qu’économique ! Si on ne partage pas la richesse alors qu’on ne partage pas la police non plus ! Quel que soit le blondinet européen qui entrera dans la favelas, il n’en sortira plus. Il sera obligé de vivre et de travailler avec nous ». Dans cette cocotte minute où des enfants ne mange pas à chaque repas, où la fureur fait monter les larmes aux yeux des mères, où la vie est sous un couvercle de plomb, un homme abattu gît sous les yeux de la caméra stupéfaite. On le retourne comme de la viande. Le film a pris nos tripes, nous repartons.

Cinquième Lieu : Ackerkeller, club alternatif homosexuel-le. Dix regards d’hommes se tournent vers nous. Ils sont presque nus. Nous débarquons dans cet univers comme on sort du ventre de sa mère. L’entrée est payante pour une soirée en sous-vêtements. Les droits d’entrée nous font toujours reculer, débacle.

Sixième Lieu : Brunnenstrasse 183/Umsonstladen, projet auto-géré et anticapitaliste où l’on peut déposer des objets et se servir gratuitement. Pour y pénétrer, on escalade un escabot et on se glisse par une lucarne. Aux murs de la salle de bar pendent des tableaux étranges, résidus des ce qui est passé par là. Dans une alcôve une centaine de bouteilles de bière ainsi qu’une télévision gisent, coulées dans du béton, et nous regardent boire depuis leur cerceuil. Une américaine parle et raconte son dégoût des Etats-Unis.


Beaucoup d’autres lieux ont ouvert leurs portes aux habitants du quartier ce week-end : Le Baiz, le Kopi, Schokoladen, Linie 206, der Linienhof, Mastul, Kastanienallee 86, KvU, Ausland, Schöne Christine, La Comicbibliothek Renate, l’Orphtheater,...

L’invitation du PIMP est claire, le projet vise à montrer des lieux à l’agonie, obligé de rentrer dans la logique économique quand bien même ces projets privilégient le « vivre ensemble avec le moins d’argent possible ». Espaces ouverts avec un idéal, pas acceptés, pas acceptables. L’immobilier déloge l’homme...

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.