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Dysharmonie à Mélofolia

Mélofolia ou l’art du débat

Dimanche 22 septembre une présentation du parc d’attractions musicales Mélofolia a été organisée là où ce parc est envisagé, sur le domaine de Chauffaille, à Coussac-Bonneval (Haute-Vienne). Cette présentation ne sera pas suivi de débat, ni de référendum.


Dimanche 22 septembre une présentation du parc d’attractions musicales Mélofolia a été organisée là où ce parc est envisagé, sur le domaine de Chauffaille, à Coussac-Bonneval (Haute-Vienne). Cette présentation réunissait le porteur du projet, Didier Hodiamont, de la société DreamGest, Daniel Boisserie, maire de Saint-Yrieix (depuis 1995…) et président de la communauté de communes du Pays-de-Saint-Yrieix, Philippe Sudrat, maire de Coussac-Bonneval (depuis 2014), et Laurent Delbos, de Sites et Compagnie, une entreprise de gestion et d’exploitation de sites touristiques. Le « débat » était animé par Jack Ageneau, de Radio Kaolin.

Tout d’abord, chose curieuse et rare, la journée est divisée en deux moments, le matin, une présentation réservée exclusivement aux habitants de Coussac-Bonneval et, l’après-midi, une présentation ouverte à tous et aux médias…

Dur de faire son travail de journaliste

Assis au premier rang, je sors mon micro et mon appareil photo. L’animateur précise d’emblée que « les captations d’images, vidéos, enregistrements ne sont pas autorisés durant cette présentation, les droits à l’image sont confiés exclusivement à la société Odax Production qui est à votre disposition ». Je demande si cette restriction s’applique aussi à la presse. Il répond que non… Cependant Didier Hodiamont n’entend pas la chose de cette oreille. Au début de son intervention, il revient sur cette exclusivité : « Cher Monsieur, nous n’avons peut être pas été assez clair : il n’est pas autorisé d’enregistrer ou de filmer. Si le moindre document est publié, vous aurez des soucis, je préfère vous le dire. » Je précise que j’ai une carte de presse. La salle siffle. Il insiste. Je répète mes propos et avoue ne pas comprendre les siens. Et là, c’est l’apothéose, en deux temps. Tout d’abord, il menace de ne plus parler « tant que [je n’aurais] pas éteint [mon] engin », puis deux gendarmes m’invitent à les suivre. A l’extérieur de la salle, ils contrôle ma carte de presse, et mon identité, photographient ces documents et tentent de m’intimider. Au bout de quelques minutes, ils me laissent retourner dans la salle. Pendant ce temps, une partie de la salle dénonce la volonté de contrôle, qu’on muselle la presse. L’animateur tente de noyer le poisson : « Il y a de nombreuses personnes qui veulent des informations. On ne muselle personne. On veut juste avoir une présentation de Mélofolia, vos questions vous les poserez par la suite. » Sauf que la suite prouvera que le débat n’est pas à l’ordre du jour.

Cette première anecdote donne le ton de cette « présentation », et en dit long sur la transparence et l’ouverture d’esprit qui entourent le projet Mélofolia. Les premières interventions des deux élus enfoncent le clou : « Nous sommes là pour vous donner des informations sur le projet d’envergure qu’est le projet Mélofolia. Nous sommes là pour répondre à vos interrogations qui sont légitimes », annonce le maire de Coussac-Bonneval. De même Daniel Boisserie souligne, en introduction, qu’il est de « ceux qui souhaitait cette réunion parce que on nous disait qu’il y a un manque de transparence. Lorsque vous regardez à travers une bouteille d’huile on n’y voit pas grand-chose. Parce que jusque-là on n’avait pas toutes les précisions. Et puis il y avait aussi la censure de l’administration et le respect de la loi française notamment en matière d’environnement et d’aménagement . C’est pour cela que je suis tellement conscient qu’il y avait une nécessité d’expliquer le projet ». Et il conclue en précisant que la salle pourra poser « peut-être deux, trois questions … non pas mille questions. (...) On peut respecter les opinions de tout le monde. J’ai le sentiment qu’on n’est pas autiste et qu’on doit entendre les critiques, les propositions constructives mais seulement après l’explication du projet ».

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« Deux ou trois questions... on n’est pas là pour débattre »

Après une petite heure de présentation, la salle a enfin le droit à quelques questions, questions dont les réponses sont aussi imprécises et incohérentes que la présentation.

Alain Dorange, élu à Ladignac-Le-long, une des communes de la com’com, évoque la possibilité d’organiser un référendum vu l’ampleur du projet. Daniel Boisserie botte en touche : « Je ne suis pas sûr qu’un référendum soit forcément utile aujourd’hui. Pour ceux qui habitent la communauté de commune (…) il y aura quelque chose qui ressemble à un référendum au mois de mars et bien le courage, c’est effectivement de porter ses idées devant le peuple et puis ceux qui seront majoritaires décideront tout simplement. c’est ça la démocratie. »

Des personne dans la salle insistent pour poser encore quelques questions. Réponse de l’animateur : « J’ai bien compris. Cependant nous sommes dans une journée de présentation. Il y a eu quelques questions. Maintenant toutes les personnes qui sont là sont à votre disposition. Sinon on est là encore pour trois heures. L’objectif, je l’ai dit en introduction, c’est de répondre aux interrogations légitimes. Je pense qu’on a répondu à un certain nombre d’interrogations. L’objectif, ce n’est pas un débat. Si vous voulez nous interpeller, vous nous interpellerez après la réunion, individuellement. » Drôle de vision de la démocratie qui a peur de la parole en public et qui propose des échanges à la marge, en bilatérale. D’autant plus étrange que M. Didier Hodiamont a tout simplement refusé un entretien que je lui proposais…

Nous aurons donc droit à une heure de présentation de ce projet, sans possibilité de répondre, de contester. Une présentation très édulcorée. Une présentation où le mot environnement revient comme une leitmotiv, une ritournelle. Une présentation pleine d’incohérences, notamment au niveau des chiffres de fréquentation, l’augmentation du trafic routier. Une présentation démagogique. Nous reviendrons dessus dans un autre article.

Pas de possibilité d’enregistrer, pas de débat, pas de référendum. A cela ajoutons un dernier détail. La Confédération paysanne a appelé à une mobilisation, notamment pour dénoncer la disparation de 47 hectares de terres agricoles. Une petite cinquantaine de personnes ont répondu à l’appel. Les autorités craignent-elles une nouvelle ZAD ? En tout cas, la présence de nombreux gendarmes et d’une unité spéciale de la police (des hommes habillés en noir que nous avions rencontrés sur les ronds-points occupés par les Gilets jaunes) signifie très clairement qu’elles entendent montrer leur détermination à bloquer toute forme de contestation. D’ailleurs, quand je vois cette unité au pied du château, je fais un dernier cliché. Et là, rebelote, nouveau contrôle d’identité. Décidément il faut montrer patte blanche à Chauffaille.