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Haute-Vienne : plus de trente fermeture de classes prévues en 2024

jeudi 1er février 2024, par Christophe Noisette

Combien de classes vont encore fermer à la rentrée 2024 en Haute-Vienne ?
Plus d’une trentaine, d’après le Collectif des Parents de la Haute Vienne… une augmentation significative par rapport à 2023 où 25 classes ont été fermées.

Revenons sur quatre mobilisations qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe actuellement dans notre département. Nous évoquerons ici plus particulièrement quatre Regroupements pédagogiques inter-communal (RPI) qui sont menacés par la fermeture d’une classe : celui de Flavignac / Les Cars / Lavignac, de Compreignac / Thouron, de Châlus / Pageas et de Saint-Laurent-sur-Gorre / Gorre.

Des fermetures mal justifiées

A Compreignac/Thouron, ces écoles réunies comptent actuellement 189 élèves repartis dans neuf classes. Il est probable qu’en septembre une petite réduction des effectifs d’une dizaine d’enfants soit effective. Or rien ne dit que cette diminution perdurera sur le long terme. Or une classe supprimée est difficilement remise en place…

A Flavignac/Les Cars/Lavignac, la baisse prévisionnelle d’élèves est encore plus faible. Il y a actuellement 120 élèves repartis sur six classes et il est prévu 115 élèves l’année prochaine. En effet, 19 partent en sixième et actuellement 14 devraient entrer en maternelle. Fermer une classe pour cinq élèves en moins, c’est dur à avaler pour les élus et les parents d’élève.

Quant au RPI de Saint Laurent sur Gorre / Gorre, la situation est encore plus incompréhensible. En effet, d’après Anne Gorce, représentante des parents d’élève, ce regroupement comptait, en 2023, 120 élèves et il est prévu en augmentation du nombre d’enfants scolarisés pour les années à venir. « Si les effectifs étaient en baisse, on pourrait comprendre, mais les projections de recensement indiquent le contraire », détaille-t-elle. Le maire de Gorre parle lui d’un effectif constant et évoque une natalité qui se porte bien avec 20 naissances sur les deux communes en 2023.

La fin des RPI ? Concentration et rentabilité économique

Concrètement, le maire de Gorre nous explique que l’un des enjeux qui se cache derrière ces fermetures c’est l’envie d’en finir avec les RPI et d’avoir une « grosse école » à un point central qui réunira tous les enfants dans un rayon de plus de 10 kilomètres. Ainsi, une seule structure, moins de personnel donc des gains de productivité. A Flavignac, Maud Gerbaud, conseillère municipale, nous précise que le risque, c’est des RPI plus grands, ce qui pénalisera les enfants qui auront des temps de transport plus importants. Donc un temps en famille, de loisir ou d’apprentissage réduit.

Toujours dans une logique économique, le maire de Gorre nous précise que ce que cherche le rectorat et le ministère de l’Éducation nationale, c’est d’augmenter la moyenne d’élève par classe en visant 24 enfants par classe a minima. Elle est autour de 19 dans cet RPI, de 20,7 dans le RPI Compreignac/Thouron et de 20 à Flavignac / Les Cars. Plus d’enfants par classe, c’est moins de temps que l’enseignante pourra consacrer à chaque élève. Et cela est particulièrement problématique quand il y a des enfants handicapés ou ayant des troubles au sein de la classe. Nombreuses ont été les personnes à évoquer la contradiction entre le discours de Macron qui parle d’une école « plus inclusive » et la réduction des moyens alloués à l’école primaire.

Ces mesures s’inscrivent bel et bien dans une rationalité économique stricte qui ne prend pas en compte la réalité et la qualité des enseignements. A Compreignac, un des mots d’ordre des parents d’élève est : « Nos enfants ne sont pas des chiffres ». Le maire de Gorre qui a rencontré récemment le rectorat nous synthétise la réunion de façon brutale : « Pour eux, il n’y a que le budget qui compte ».

Un autre problème par rapport à la qualité de l’enseignement est que ces fermetures vont s’accompagner de classes à triple niveaux. A Saint Cyr, une des classes est déjà à quatre niveaux. Une perte non négligeable de la qualité de l’enseignement est donc prévisible malgré l’investissement de l’ensemble du personnel.

Ces fermetures de classe, c’est aussi comme le souligne le communiqué de la mairie de Châlus, que « les emplois des agents territoriaux employés sur les deux écoles seront menacés. » Et le maire de Gorre déplore la rapidité des décisions, contraire au calendrier et aux investissements que les mairies ont engagés. Il nous rappelle qu’ils ont investi environ 150 000 euros notamment dans une chaudière à granulé et pour permettre deux services à la cantine. Les décisions de l’Inspection académique ne tient pas compte de ce qui se passe concrètement dans les écoles, dans les territoires. Une vision trop centralisée, qui, comme trop souvent encore, va du haut vers le bas...

L’école est un élément primordial pour une vie sociale dans les villages

Enfin, autre élément important souligné par toutes les personnes que nous avons pu interrogées, c’est que ces fermetures induisent une dynamique négative au niveau des territoires ruraux. Une classe qui ferme, c’est toujours un peu d’un village qui meurt. Les élus, les parents d’élèves, les citoyens refusent ces fermetures qui, estiment-ils, engendreront d’autres fermetures et à terme la disparition des écoles rurales. « En perdant une classe, cela donne une mauvaise dynamique à cette commune attractive », déplore Jean Vincent Cordeau, représentant des parents d’élèves du RPI Compreignac/Thouron. A Gorre, si la classe fermée est sur cette commune, c’est l’école en tant que telle qui est menacée (elle n’a que deux classes actuellement). Caroline Congnard, une des parents d’élève mobilisée à Flavignac, reconnaît que ce territoire se dépeuplent mais elle parle d’un cercle vicieux. « Quel jeune couple viendrait s’installer ici s’il n’y a pas d’école ? ». L’école est importante pour attirer de nouveaux habitants. C’est un point important dans la vie du village. Maud Gerbaud, conseillère municipale à Flavignac, l’évoque également : « Avoir une école sur un territoire, c’est avoir une vie sociale plus dense. Sinon, il n’y a plus rien. Car l’école c’est aussi l’association des parents d’élève qui organise des événements ». Les élus soulignent également qu’on pourrait attirer des jeunes couples : la ceinture de Limoges est saturé, les prix des logements explosent… Mais pour cela, il faut que les services publics suivent.

Dernier point important : la question de savoir quelle commune perdra la classe inquiète les élus. Les relations au sein des communes d’un RPI sont souvent de bonnes qualités mais là, le national introduit une possibilité de tiraillement, de discordance. Le maire de Gorre ne veut pas de cette « guerre des communes ». Et si les RPI ferment, la question de savoir qui accueillera l’école centrale sera aussi sans doute une source de conflit ou du moins de tensions.

L’inspection académique parle de plusieurs ouvertures de classe. Mais d’après Maud Gerbaud, il s’agit pour au moins six d’entre elles d’ouverture provisoires. Elle traduit : de telles classes sont tellement plus faciles à fermer au bout d’un an. Pour elle, donc, « ça ne compte pas ».

D’après nos informations, 18 postes d’enseignants devront être supprimés en septembre en Haute-Vienne, six en Creuse, et dix en Corrèze… Et le syndicat Snes-FSU précise que depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, l’Académie de Limoges a perdu 108 postes d’enseignants dans le secondaire malgré des effectifs stables. « Les conditions de vie et de travail des élèves et des professeurs ne font que se dégrader d’année en année », déplore le syndicat dans un communiqué de presse.

Le 1° février, les parents d’élèves, les maires et les institutrices de ces écoles ont massivement participé à la manifestation devant le rectorat de Limoges. Un rassemblement citoyen est prévu devant l’école de Flavignac, samedi 3 février à 10h. Et un autre devant l’école de Châlus, même jour, même heure.