L'AIRE DE RIEN | THEME | GEO | AUTEUR·TRICE

Pour les Sterni


Poême du Bas Ventre Croyant

Ils aimaient une fougueuse fugace,
Ils pleuraient cette absente amante,
Ils jouissaient puissants de cette sulfureuse sexidente,
Ils imploraient l’amour de la furieuse déviante, sans jamais envisager ce visage comme ce qu’il était :
une amoureuse des corps à corps.


Ils la voyaient vierge tout en la sautant,
Ils la croyaient pure tout en l’implorant,
Ils la priaient madonne quand c’était la putain qui les avait sonnés tocsin,
Le clocher haut dressé,
La girouette bien ventée,
Ils la baisaient et
S’en aimaient aimés,
Même malmenés, par l’âpre charité, de cette déesse de quartier.


L’orgasme vient d’ailleurs

L’orgasme féminin, la belle affaire.
On n’a plus que ce mot sur les lèvres. De France Inter à Philosophie Magazine, le plaisir est caressé dans le sens du poil.

Mais où se tapit donc cet hôte secondaire ?

Secondaire ! Et pourquoi secondaire ? Ca par exemple ! Pourquoi pas superficiel tant qu’on n’y est ? Y aurait qu’un homme pour écrire ça !

Laissez-moi donc m’expliquer. Je dis secondaire parce que d’abord, l’orgasme dure quelques secondes. Même les hégéries de pornographe n’ont jamais dépassé la minute, tout le monde le sait ! Ou alors il y a simulation. Mais au fond, tout au fond, une femme sait que l’orgasme est une éclosion. Les palpitements, les ébrouements, les répliques peuvent durer, certes, mais l’orgasme est passé. C’est un troupeau d’éléphants qui charge et puis disparaît dans la brousse des draps. Alors l’orgasme est secondaire, l’orgasme à la ptite seconde.

Et puis... Si l’orgasme féminin était primordial, beaucoup de femmes ne feraient jamais l’amour. Les excisées, les frigides, toutes, les catholiques engoncées, les déprimées enfoncées, les droguées défoncées,... toutes celles qui, finalement, ne rencontrent jamais cet état d’extase sur le chemin de leur corps, n’écarteraient jamais leurs cuisses, pour offrir aux caresses, la partie la plus douce. Or elles le font, c’est attesté. Toutes ces femmes ne font pas l’amour pour l’orgasme, mais pour toutes autres sortes de raisons : par obéissance, pour faire comme tout le monde, pour recevoir la semence divine de l’homme, pour enfanter, pour gagner de l’argent... ou tout simplement, parce que le plaisir peut être là sans pour autant qu’il atteigne un paroxysme. On appellerait cela : le plaisir mou.

Et ben ça promet !

Mais attention, pas de malentendu ni de sousentendu : Le plaisir, même mou, c’est tout de même du plaisir !

Mais alors pourquoi, seule une petite troupe d’élues, pourrait goûter aux joies de la nouba nue, quand toutes les autres n’ont qu’un petit coup de mou pour geindre ?

Multiples spéculations... Tous les plus grands spécialistes du corps se sont penchés, à un moment ou un autre, sur cette haute question. Forts de grands débats sur l’évolution des espèces, sur la société qui opprime la femme ou sur le rôle antidépresseur de l’orgasme, ils se sont bien repus à tourner autour du pot, avant d’en lécher le miel. Il ne faut pas se leurrer, les plus grands scientifiques ont, eux-aussi, leur petite faiblesse en bas du ventre. Emil Jannings amoureux de Marlène Dietrich dans l’Ange Bleu est le plus pur et le plus naïf de ces êtres fragiles que l’on appelle Professeurs ou Maîtres.

Pour éviter les expertises, ne nous penchons pas sur l’antre de la folie. Laissons plutôt l’origine du monde nous engloutir. Nous flotterons alors dans les eaux chaudes et caressantes... Flottement... Usure, Usure, Démesure,... Usure, Usure, Sussure,... Usure, Usure, Soie sûre,... Usure, Usure... aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.

Mais ne restons pas là émues, remuées, émoustillées et mouillées. Reprenons notre bâton de pélerine et continuons notre marche jusqu’à l’ultime salut : l’orgasme.

Qu’est-ce à dire de cette chose, cette éponge à désir, ce mirage, cette chimère vorace de chaire ?

Où se tapit donc cet être secondaire ?
Peut-être l’orgasme ne se trouve-t-il que dans les fantasmes., et nul part ailleurs.

Et bien, maintenant on va nous faire avaler que l’orgasme n’existe pas !

Ah ! vous me fatiguez petites voix ! Avalez, avalez donc tout ce qui pourra vous pénétrer. Si je dis : “l’orgasme n’existe qu’en fantasme”, c’est parce que sans fantasme, la femme ne jouit pas... ou peu. Il faut la puissance imaginaire pour créer le monstre, la chimère qui va l’emporter.
Pour chevaucher l’échine blanche du taureau, Zeus, Europe a dû laisser son esprit errer au gré de ses plus profonds caprices. Pour être soulevée, elle a dû se rendre légère, légère, et se guérir de sa pensée.

Fantasmes des femmes, secrets si bien gardés. Quand les hommes étallent les leurs sur la place publique jusqu’à la nausée, les femmes cachent tout ce qu’aspirent leurs outrecuidantes cuisses. Et alors elles ne savent pas jouir. A moins que, peut-être, quelques mystérieux amants les initient de leur vi.
Ah malheureuses ignorantes, qui croyez qu’il faut désirer votre amant légitime, et refuser tout au-delà qui vous rendrait si légères, légères,.. au point de chevaucher un taureau.

Mais excusez-moi, femmes vierges d’orgasme, je ne peux vous divulguer mes secrets fantasmes. Seules vous, pouvez les laisser se dessiner

Fantasmez, fantasmez... jusqu’à l’orgasme...

A suivre....


Mots d’ordre ou ordres des mots

Ils écrivent : " Dans grève, il y a rêve."

Mais dans crève aussi il y a rêve... Et puis dans brève, dans trêve...

Les mots se contiennent comme des poupées russes.

Les mots sont sans contenance.

Les mots sont incontinents.

Les mots sont un continent.

L’amateur d’armes y cantine souvent.


époux maries

On dit plus rarement épouser que se marier.

Se marier, c’est bon pour le débat d’idées, le débat politique, le débat moral, le débat policé.

S’épouser c’est bon pour qui ?

Le "s’épouser" a dû divorcer à un moment ou à un autre, parce que deux sens ont la garde partagée du mot.

La première épouse est celle de la publicité : « Cette robe, ce collant, ces chaussettes épousent parfaitement les formes de votre corps. Vous voilà épousée par votre corset. »

« Cette voiture, avec sa tenue de route impeccable, avec sa fluidité deux pécables, épouse la chaussée... Oh ! Quelle virtuosité de technologie ! La route et les roues en harmonie, fécondante, confondante... »

On verse une larme d’émotion. On voit les voitures, les collants, qui parcourent les rondeurs, la ligne de fuite rapide, de la femme, de la chaussée. L’épousée est chaussée. Elle est chassée, chasse gardée, chasse regardée.

L’objet de la vanité vantarde, l’objet vanté et vanté et vanté et vanté éventé, épouse le terrain lisse et vallonné en fantasme. La femme, la route, par où, sur qui, l’homme glisse, jouit et se meurt.



La seconde épouse est celle presque vieillotte du français. Langue en chandail et chaussons. La vision calme et plate de l’homme en chemise, serein, qui vous présente son épouse. La femme en tablier, humble et maternelle, qui évoque son époux : « mon époux aime les collants et les voitures (globalement il aime les autocollants) ».

L’un et l’autre épris éprouvent. Nous réprouvent-ils ? Je ne le pense pas.

Alors voilà où je veux en venir : les mots ont suivi leur chemin. Où est l’ailleul ? Ailleurs, certainement.
Le mariage, les épousailles... amaré aux objets, aux autres, tout est bonne occasion de se célébrer, et c’est cela qui compte.
Depuis la Génèse, unions des hommes à la terre, aux objets (femmes comprises, ou dirais-je, incomprises), aux autres,...
Au fonds, on a beau sceller les alliances pour des millénaires, nous restons des fantômes flottants.


La fameuse histoire des gaz de couleur

Un laboratoire.
Les tubes à essai bouillonnent, les potions glougloutent, les becs bunsen froutent, les diluants, les solvants, les dissolvants en bocaux sont posés sur une grande armoire. Un homme, en blouse blanche regarde les yeux écarquillés, un précipité blanc s’injecter dans un liquide transparent. Les odeurs fortes, acides, basiques, alcoolisées, lui donnent des maux d’estomac. Sa bile velue remonte jusqu’à sa gorge. Dans un rot régurgitant, l’inventeur crie : « Euréka ! ».


L’histoire pourra ensuite réécrire le mythe mais c’est ainsi que naquit la formule qui donna couleur aux gaz.


On sait vaguement comment Harold, le petit entrepreneur verreux de la rue des Coureurs, fut mis au parfum. Ce fut lui en effet qui initia la propagation. Il avait eu la puce à l’oreille par sa nièce, secrétaire-assistante dans un laboratoire de colorants industriels. Au courant de tous les potins du secteur, elle avait évoqué, comme ça, l’aire de rien, son collègue Ursulin, urluberlu, soi-disant ulcèreux, qui mettait au point des procédés étranges. Sa dernière trouvaille était exquise. Il vaporisait une solution dans l’air et certaines molécules prenaient une teinte bleue argentée. La couleur flottait alors librement. On pouvait circonscrire la couleur et donc les molécules et les attraper dans un sac plastique, comme attrape les papillons dans un filet. Oui, une bien belle découverte. La petite-nièce s’était presque laissée séduire par son collègue qui était pourtant bien pathétique en dehors de son laboratoire. Ils avaient dîné ensemble mais le pauvre bougre avait voulu faire une démonstration de sa trouvaille avec la cigarette de la demoiselle. Oublieux de son allergie à la nicotine, Ursulin avait faillit rendre son dernier souffle. Une ambulance avait été diligentée de toute urgence. La parade nuptiale était donc toute gâchée, mais Ursulin vouait une reconnaissance éternelle à la jeune fille.


C’est donc sans difficulté qu’il avait cédé le brevet de son invention à Harold.
Harold voyait les choses en grand. Ce procédé chimique allait se vendre à merveille. Il suffirait de faire des économies d’échelle (et des dépenses d’échelle bien sûr, mais en bon entrepreneur, Harold ne voyait pas ce menu désagrément). Il allait vendre des bombes pulvérisantes à tout le monde. Il le voyait, il le sentait, il le rêvait : des ménagères appliquées à dégager les « mauvais » gaz. Elles les reconnaîtraient à leur couleur. Après chaque pulvérisation elles mettraient dans de grands sacs poubelles ces gaz et s’en débarasseraient au vide-ordures. Chaque foyer serait équipé. « Débarrassez-vous des gaz qui vous empoisonnent la vie, pulvérisez-les et démasquez ces intrus » clameraient les publicités. Un coup de pulvérisateur permettrait de les reconnaître. « Ah oui, beaucoup d’argent viendrait », pensait-il en se tapant sur son début de bedon. Faire croire à l’existence de gaz mauvais, rien de plus facile ; rendre l’invisible visible pour mieux l’éradiquer, rien de plus lucratif.


Et ce qui devait arriver arriva.
De l’association entre Ursulin et Harold, naquit la Coulaire, la FOrmidable liqueur de pluie vernie.
Bien entendu, tout ne se passa pas comme dans le rêve d’Harold. Il fallut débattre avec les financeurs, les autorités sanitaires, les associations de défense des citoyens et les associations qui défendaient les citoyens, les prétextant bien trop dangereux. Il fallut aussi convaincre les grandes, les petites et les moyennes surfaces, les emballeurs, les déballeurs, les remballeurs, les publicitaires, les universitaires, les vernissitaires. Le point d’orgue fut la protestation des prêtres de la religion Sarin pour qui les gaz étaient sacrés. Les débats avaient lieu dans le monde entier. Faut-il ou non accepter cette « liqueur » ? Tout le monde avait un avis et bien sûr personne n’avait le même, comme un jeu de mistigri où toutes les paires auraient été perdues. Harold frappa donc à toutes les portes, à toutes les fenêtres, à toutes les lucarnes. Il embaucha sa petite-nièce pour l’aider et mit Ursulin au travail à plein temps pour créer plus de couleurs et colorer plus de gaz.


Un an passa, sans qu’Harold eut l’autorisation pour commercialiser son produit dans aucun pays. Il maudissait ces paperasses administratives, il injuriait jusqu’aux pervenches qui rédigeaient les contraventions.


Mais un pays, l’Empire Toucouleur accepta la mise en commerce de la Coulaire. Empire clandestin et autoproclamé, ayant fait fi des colonisations et décolonisations, il avait son propre système de lois et d’impôts. Si aucun pays ne le reconnaissait sur la scène internationale, cet Empire était pourtant très bien introduit sur le marché international. L’Empire Toucouleur accepta donc d’être la patrie de la Coulaire. Harold reçut donc l’autorisation de mise sur le marché ainsi que plusieurs commandes d’Etat et de Privé. Maison mère de toutes les innovations, l’Empire Toucouleur connu l’essor-color. Les pulvérisateurs de Coulaire se vendaient comme des petits pains, et pas qu’aux Toucouleurs, qui en étaient pourtant de grands utilisateurs. On accourait du monde entier pour se procurer le fameux coloreur de gaz. Des trafficants importaient clandestinements les bouteilles colorisantes pour les revendres au marché noir.


Le succès da la Coulaire venait de ses multiples utilisations. Il s’avéra vite que tout le monde aimait pulvériser et regarder les couleurs s’évanouir au gré du flottement des gaz. Les ménagères étaient reléguées au placard à balais. Ce qui plaisait, c’était le spectacle des volutes de couleur.


Mais l’argent n’a ni odeur ni couleur. L’Empire Toucouleur ne resta pas longtemps l’unique patrie de la coulaire. En moins d’une ellipse autour du soleil, le produit fit le tour de la terre. On en vendit bientôt partout. Légalement, là où il y avait beaucoup de lois, allégeamment, là où il y avait beaucoup de législateurs. C’est ainsi que la liqueur de pluie vernie s’abattit sur le monde entier.


Le terme coulaire était bien choisit puisqu’il pouvait être prononcé dans presque toutes les langues. Toutes les régions de la planète, même celles où ces lettres n’existaient pas avaient donc recours au même mot pour désigner cette potion magique. Ce brumisateur fit donc fureur. Il y en avait maintenant de toutes les tailles, monocolorés, multicolorés, hétérocolorés, à couleur fixe ou évolutive, pour les enfants, pour les daltoniens, pour les hommes seuls et les femmes mariées... Les couleurs apparaissaient ainsi au gré des gaz visés, pour quelques minutes, le temps de les circonscrire, de les embrasser ou de les punir.


C’est ainsi qu’on s’en foutu plein le pif, car les gaz respirés venaient directement s’agglutiner autour des bouches de respiration et de goût. Les intellos des capitales disaient que cela faisaient plouc mais le soir tard, ils respiraient à grandes bouffées, des gaz de couleur acidulées.


Les gosses des rues de Casablanca, de Rosaria et de Pointe Noire se shootaient littéralement aux gaz noirs, les plus durs à regarder car ils mettent le brouillard dans les pensées.


On parla beaucoup au Blanc-Mesnil, de la petite vendeuse de maïs aux poumons bleus. On l’appelait la gitane ébène car on l’avait retrouvée morte un matin dans une beine à ordure.


Des aurores boréales flottaient dans les rames de métro à l’heure de pointe, juste après le café au lait et le dentifrice ultrabright. « Allons mes amis, laboréallons », criait le harrangueur de foule à la rate écarlate. On avait dû mettre ces drôles de personnages dans tous les transports en commun, dans toutes les radios, dans toutes les télévisions, car plus personne ne voulait plus aller travailler. L’essor-color occupait les foules à tel point que plus rien d’autre ne les intéressait. Heureusement, on ne savait pas encore colorer les ondes. Sinon quel bordel vous auriez-vu !


Les chromatologues se penchèrent sur ce délicat problème. Des chromacolloques étaient organisés pour débattre des implications l’essor-color à l’échelle de la planète bleue.
L’art pictural fut bouleversé. A côté de ces couleurs en suspension, les musées des Beaux-Arts faisaient pâle figure avec leurs tableaux figés pour l’éternité. Les artistes aériens créaient des œuvres éphémères.
Une autre révolution eut lieu le 14 juillet en France lorsque les autorités peinèrent à rassembler les foules pour les fêtes nationales. Les feux d’artifices avaient allure de préhistoire des couleurs aériennes.


Ainsi toutes les habitudes et les bons goûts étaient perturbés. Les gens renâclaient à travailler, à se cultiver, à s’amasser. Ils n’avaient plus d’yeux que pour la coulaire. Le regard perdu dans les volutes de couleurs, ils opinaient l’arrivée de cet opium.


La diffusion n’avait pourtant pas été sans heurts. Les magasins bon marché équipaient les masses de pulvérisateurs bon marché. Les magasins mauvais marché équipaient les privilégiés de pulvérisateurs luxueux. Les univers sociaux n’avaient pas les mêmes teintes. Quelques coléreux s’en offusquèrent et crièrent au scandale. On revendiqua les droits des minorités aux couleurs vives. Les jeunes des ghettos n’acceptaient pas d’être traités de blancs, parce qu’ils n’avaient pas de bonnes couleurs. Il y eut quelques émeutes et des magasins de supra furent pillés. Une pervenche fut enlevée et séquestrée par un escadron de terroristes appelés les brigades pivoines. Les services secrets ivoiriens coulèrent le bateau arc-en-ciel d’activistes méfiants envers le supra. On parla de fureur noire lors du soulèvement du ghetto jaune de Varsovie. Mais ces évènements violents restèrent marginaux. La majorité marinait dans les gaz de couleur. On estimait que 98% des terriens avaient une fois pulvérisé de la coulaire.


Ainsi passèrent quelques décennies, lorsqu’une vive polémique surgit sur les nuances de référence à adopter. Ce fut la une d’un journal rouge qui lança le débat. Les journaux verts criaient au scandale car les couleurs naturelles disparaissaient derrière les brouillards chimiques. Les journaux bleus encensaient les industriels de l’essence des couleurs, moteurs de cette nouvelle économie.


Des doutes commençaient à pointer dans les esprits épris de couleurs gazeuses. C’est à ce moment qu’une épidémie de chromazotie se déclara. La maladie créait des traumatismes graves. Les malades voyaient tout en noir et blanc. Ils se laissaient alors mourrir de désespoir. Aucun scientifique ne savait vraiment à quoi était dû la chromazotie. Tout ce qu’ils étaient capables de dire, c’était que l’épidémie avait commencé en Afrique noire. On stoppa net tout commerce avec ces pays et on se méfia des autres. Personne ne put plus se blanchir de tout soupçon. Les consommateurs demandèrent le traçage des achromates importés pour la fabrication de la coulaire. On n’était plus sûr de l’origine des couleurs. « Le vers est dans le fruit », clamèrent des populistes. Ce fut le début du repli sur les couleurs nationales.


Mais à trop en faire sur l’origine des couleurs, on déclencha la fameuse guerre des nuages. Des armées s’étaient formées. Les partisans de la couleur pure haïssaient les demi-teintes qui eux-mêmes exécraient les chromunistes, grands partageurs de couleurs. À grand renfort de gaz moutarde, d’agent orange, de grenades, de mauvaises mines, on pourchassa ces dangereux terroristes. La bataille la plus célèbre eu lieu dans la grande plaine de bois blanc, ensuite rebaptisé plaine du bois safran. Certaines langues cyniques l’appelèrent plaine du bois souffre car plus d’un million d’hommes y avaient péri pour l’honneur de leurs couleurs.
C’est au cours de cette guerre que fut mise au point la Bombe Grenade ou encore Bombe G.

A suivre...


La Nuit au Balcon

Un homme à son parapet.
Il fume, il aspire, il se tait.
Son ennui s’évanouit dans la nuit.
Les jambes enracinées, la tête évadée.
Il s’est levé, il rêve, il s’élève.
Il regarde en bas, au loin, à ses pieds,
Les paumés se paumer,
Les fous se fêter,
Les noyés ressombrer.

Du haut de son vaisseau,
Il est capitaine d’assaut,
Chef de frégate, aventurier des hauts.
Sa fumée repère les naufragés, agrippés aux bancs publics.
D’une bourasque, il embrasse la ville tragique.

Mais l’aventure a assez duré,
Il salue puis replie les voiles, dans son cendrier.


Ergoter l’égo

Bachibouzouk de moi-même
Nombril à triple buse
Arrête donc de te trifouiller les mois
Arrête de te branler le miroir

On se tripote tous le dar, le mont intérieur, le monstrueux intérieur.
On s’effeuille tous l’artichaut : je même, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, plouf, pas du tout,
partout, tout le temps.

Tu t’effeuilles la pensée. Tu croques les réponses des sous-bois. Sous moi. Combien de sous sortiront de moi ? Quel émois, ma bourse à moi. Ma bourse boursoufflée. Ma bourse essouflée, mangée par le monstre qui m’habite.

Enorme vulve béante, coie. Coïts de quois. Coïts de moi, sans émoi, la gueulle aux abois.
Sans jamais apercevoir rien d’autre que ce que les autres ne vous voient pas. Vous voient-ils ? Vous soit eux.
Vous voyez bien qu’on ne voit rien... que soi...

Vie vierge.
Vigne vierge.
Vile vierge, grimpante autour de mon corps, garde du corps. Bref décor...et après :Rien... La Mort...On a bien fait de se déguiser ! Cela nous a fait oublier, un temps.
Ayons pitié reposons en paix et regardons vers l’après.


Cadre noir

Quicaillerie
Antiquité
Place de la sobriété
Et ma vie qui fuit sur le pavé
Comme un chapeau poursuivi
Par un ivrogne
Bancal
Et la tristesse des cerfs-volants
Caresse l’espoir suranné
D’être heureuse.

Illusion au coeur de bois
Pourquoi jettez-vous la pierre
A un inconnu ?

Vous ne connaissez pas mon méfait,
Ni l’élégance de mon âme.

Arbitraire
Panneau devant une cathédral.
Le photographe est en colère